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Le Scandale du Bokor

881 ouvriers morts sur le chantier. Le chiffre est celui du ministère des colonies lui-même — établi dès 1921 par un rapport interne. Maître Lortat Jacob les décrit en 1927 dans L’Humanité comme « assommés par le travail, les tortures corporelles, le traitement des miliciens ». Le scandale remonte jusqu’à Paris, jusqu’à l’Assemblée. Mais le procès qui révèle tout au grand public est ailleurs. En avril 1925, Félix Louis Bardez, Résident de la province de Kompong Chhnang, est tué par des villageois qu’il tente de contraindre au paiement de l’impôt. Ces nouvelles taxes avaient été décidées pour couvrir, entre autres, les dépenses de construction du Bokor Palace. Le procès Bardez devient tribune. Un avocat déclare : « Sur ce palace, on a oublié de faire flotter le drapeau noir portant comme emblème un crâne et deux tibias entrecroisés. » Des critiques s’étaient déjà élevées sur le coût faramineux de la station, réclamant pour le Cambodge « moins de palais et un peu plus de chemins de fer ». Le Palace sera surnommé la « Folie de Baudoin » — « M. Baudoin a vu trop grand et fait bâtir trop haut. »