En 1970, le coup d’état referme la montagne. Les Khmers rouges s’emparent du Bokor et en font une position militaire. Le Palace, l’église, les villas — tout ce que deux époques coloniales avaient bâti — devient décor de guerre, puis décor d’abandon. Les combats laissent des traces dans le béton. La jungle avance.
Pendant des années, le plateau est inaccessible, miné, dangereux. Puis le Cambodge s’ouvre, prudemment. Les premiers visiteurs remontent la route. Ils trouvent les bâtiments debout, vidés, mangés d’humidité — exactement comme laissés. La fascination est immédiate. Les ruines du Bokor circulent dans les guides, les forums, les récits de voyage. Une esthétique du monde d’avant figé dans la mousson.
Le cinéma s’en empare. En 2004, le réalisateur coréen Su-chang Kong tourne R-Point dans ces décors — un film de guerre et de fantômes où la montagne elle-même semble hantée. L’adéquation est parfaite : le Bokor n’a pas besoin d’effets spéciaux. City of Ghosts de Matt Dillon y fait une apparition plus discrète.
En 2008, le groupe Sokimex obtient une concession de 99 ans. Les pelleteuses remontent la route. La période des ruines libres touche à sa fin.