
1962, inauguration de la Cité du Bokor
Publié dans Cambodge d’Aujourd’hui en janvier 1962, cet article couvre l’inauguration par le Prince Norodom Sihanouk de la Cité du Bokor rénovée. Saccagé par les Viet-Minh entre 1946 et 1950, envahi par la jungle, le Palace avait été laissé à l’abandon pendant dix ans. La renaissance de 1962 — avec casino, pagode reconstruite et station agricole — marque une deuxième vie pour la station, trente-sept ans après l’inauguration coloniale de 1925.
VOICI LE BOKOR Altitude : 1.070 mètres
LE PRINCE CHEF DE L’ÉTAT PRÉSENTE LA STATION D’ALTITUDE DE BOKOR NOUVELLEMENT RECONSTRUITE.

Le 7 Janvier le Prince Norodom Sihanouk, Chef de l’État, a inauguré la Cité de Bokor, station d’altitude née il y a vingt-cinq ans puis ravagée et abandonnée au cours de la dernière guerre. Le Gouvernement Royal avait décidé depuis deux ans de faire revivre ce centre touristique, ce qui supposait des travaux d’une certaine importance. La route d’accès avait été partiellement envahie par la jungle, l’hôtel et les quelques bâtiments encore debouts menaçaient ruine, plus d’eau, plus d’électricité : une cité morte.
Aujourd’hui le Bokor revit et peut accueillir les touristes à la recherche d’un climat frais et vivifiant, de très beaux paysages, et des meilleures conditions pour une période de repos. Les conditions naturelles de Bokor ne le cèdent en rien à celles qui firent le succès des quelques stations d’altitude des pays de l’Asie subtropicale : Baguio, Dalat, Mémio, Bogor, etc… Désormais le premier noyau d’une cité moderne existe et la construction doit se développer au cours des années à venir.
LE DISCOURS DU CHEF DE L’ÉTAT
La reconstruction de Bokor est un acte de foi en l’avenir de notre pays et un témoignage de la volonté du Sangkum de ne négliger aucun aspect de l’équipement national. Elle donne une nouvelle preuve de notre souci de combler un retard dont nous sommes conscients mais non responsables. En effet dans la grande famille des nations il en est certaines qui eurent la chance inestimable de toujours préserver leur indépendance, il en est d’autres qui retrouvèrent leur indépendance perdue bien avant nous, il en est encore qui furent plus particulièrement « choyées » par leurs occupants. Le Cambodge ne fut pas de celles-là. Dans l’ex-Indochine française, nous avons été avec le Laos les petits parents pauvres en regard du Viêtnam qui avait seul droit aux grandes écoles, aux meilleures routes, aux ports et aux aérodromes, aux établissements industriels et aux réseaux d’irrigation, etc.
LE BOKOR — nouveau centre touristique
Depuis deux ans nous nous sommes attaqués à ce problème du développement du tourisme et il convient de reconnaître que de notables améliorations ont déjà été obtenues.
Le Cambodge dispose en fait d’un atout touristique majeur avec les monuments d’Angkor qui constituent un des plus émouvants ensembles architecturaux du monde. Nous devons, en passant, rendre hommage aux savants de l’École Française d’Extrême-Orient qui, depuis plus d’un demi-siècle, se sont attachés à les mettre en valeur et à les faire connaître au monde. Mais au cours des dernières années nous nous sommes consacrés à moderniser et à étendre l’équipement hôtelier de Siemréap, à améliorer les voies d’accès à Angkor, à créer un aéroport de classe internationale, etc…
Angkor demeurait depuis toujours le seul aspect touristique connu du monde extérieur. Le problème posé était donc bien l’aménagement, avec Angkor comme « place forte », de l’ensemble de notre territoire.
Phnom-Penh est ainsi devenue une ville touristique à laquelle les visiteurs étrangers reconnaissent infiniment de charme. Ce charme, elle le doit à nos monuments traditionnels, mais aussi à son caractère nouvellement acquis de cité-jardin, et — quoi qu’en prétendent certaines agences de voyages — à des hôtels parfaitement corrects et confortables. Les récentes « expériences » prouvent d’ailleurs que le Cambodge peut accueillir les conférences internationales et assurer aux délégués les plus exigeants des conditions de séjour équivalentes à celles qu’ils trouvent en d’autres lieux. Pour compléter cet effort et être à même de faire face à toutes nos obligations internationales nous allons entreprendre maintenant la construction des stades modernes qui nous permettront de recevoir dignement les prochains Jeux Olympiques du Sud-Est Asiatique.
La transformation de Kèp, la construction de Sihanoukville et le commencement d’aménagement de plusieurs de nos îles côtières nous donnèrent des stations balnéaires très appréciées qui voient affluer chaque semaine un nombre toujours plus grand de touristes nationaux et étrangers. Mais le besoin d’une station d’altitude apparaissait fort clairement.
Tous les pays situés dans les zones tropicales ou équatoriales disposent d’une ou plusieurs cités de repos dans les régions montagneuses. Le Sud-Viêtnam a Dalat, le Nord-Viêtnam : Chapa, les Philippines : Baguio, l’Indonésie : Bandung, la Birmanie : Mémio, etc. Le Cambodge pour sa part bénéficie d’un très beau site avec ce petit plateau de Bokor où nos amis français avaient installé avant la guerre un hôtel et quelques villas, toutes constructions qui furent à peu près complètement détruites par des forces étrangères pendant la période d’insécurité.
Nous avons été conduits à réutiliser le site le mieux choisi, pour y reconstruire une cité modeste, à l’échelle de notre Pays, et qui ne prétend nullement rivaliser avec Dalat et autres lieux. Bokor devient ainsi la quatrième cité nouvelle édifiée depuis le retour de l’indépendance nationale et prenant rang après Sihanoukville, et les nouveau chef-lieux de Khémarak Phouminville et Lomphat.
Le premier noyau de constructions offre d’ores et déjà à nos compatriotes et amis étrangers éprouvés par la chaleur insupportable et anémiante de la plaine, en avril et mai notamment, la possibilité de prendre quelques jours ou quelques semaines de repos dans un climat tonique et reconstituant. Nous n’avons nullement l’intention de faire de Bokor une station de grand luxe réservée à une minorité de privilégiés, mais simplement un lieu de cure d’air frais et de détente pour nos compatriotes et pour tous les étrangers quels que soient les moyens financiers dont ils disposent.
Aussi je demande à tous ceux qui le peuvent de ne pas hésiter à construire sur les terrains mis à leur disposition par la Municipalité. Ce n’est qu’avec cette contribution que la nouvelle cité pourra se développer rapidement et devenir une bourgade élégante et prospère.
Le Cambodge a donc dû, depuis 1953, fournir un effort considérable dans tous les domaines pour se transformer en nation moderne capable d’occuper la place qui lui revenait parmi les Pays du Tiers Monde. Malgré tous nos handicaps au départ, malgré la faiblesse de nos moyens matériels, nous avons pu retrouver cette place, une place que nous envient même des voisins qui ont toujours souhaité notre perte. Je crois que grâce à notre foi, grâce à notre enthousiasme, grâce à notre paix, nous avons pu accomplir le maximum de ce qui pouvait l’être. Aussi je souhaite que nos hôtes étrangers profitent de leur séjour au Cambodge pour juger en toute objectivité nos réalisations dans les domaines de l’enseignement, de la santé publique, de l’irrigation, de l’urbanisme et enfin du tourisme.
En terminant, je tiens à exprimer à Sahachivias Nhiek Tioulong, Tim Dong, Ung Krapum Phka et à leurs collaborateurs, mes chaleureuses félicitations pour cette nouvelle réalisation qui exigea un effort dont nous connaissons l’ampleur.
Je souhaite maintenant que Bokor devienne une de ces petites stations d’altitude que les estivants quittent avec regret en disant « nous reviendrons ».
En Janvier la température de Bokor est très fraîche et les religieux bouddhiques en sont quelque peu surpris.
Sur les directives de Sa Majesté la Reine un sanctuaire sera construit prochainement en ces lieux.
Le Bokor (la bosse du bœuf) appartient géographiquement à la Chaîne de l’Éléphant dont il constitue le dernier éperon vers le Sud. Face au littoral une crête longue d’une vingtaine de kilomètres domine, d’une altitude moyenne de 1.000 mètres, le Golfe de Siam et les îles côtières. À proximité immédiate de la falaise le site de Bokor occupe une plateforme assez vaste à 1.075 mètres au-dessus de cette mer bleue qu’il découvre.
Le choix de cette station d’altitude revint aux autorités françaises du « protectorat » qui, entre 1917 et 1919, hésitèrent longuement devant trois propositions : Bokor, Popokvil, et l’extrémité Sud du plateau. Les conditions climatiques étant sensiblement équivalentes, Bokor l’emporta par la beauté de son point de vue.
Le Bokor n’est accessible que par une route de montagne de 32 kilomètres, dont 22 traversant une admirable forêt dense. Les travaux de réfection entrepris au cours des derniers mois permettent une circulation très facile dans les deux sens.

Mais c’est incontestablement à son climat que la station de Bokor devra son succès. En effet la chaleur de la plaine cambodgienne, notamment au cours des mois d’avril et mai, peut affecter l’organisme plus ou moins gravement. Pour l’occidental un séjour prolongé en région tropicale se traduit souvent par un amoindrissement de ses facultés physiques et même intellectuelles, par des affections hépatiques et du système nerveux. Le climat de Bokor où la température oscille entre 15°C en janvier (mois le plus frais) et 23°C en mai (mois le plus chaud) et où les nuits sont toujours fraîches, permet d’obtenir, en quelques semaines de cure, le retour d’une santé compromise.



LE BOKOR REVIT
Hormis l’hôtel qui vient d’être réaménagé, la Cité de Bokor comprend aujourd’hui :
- La Mairie qui fut autrefois la résidence de Sa Majesté Monivong. Ce bâtiment a été remodelé peut répondre à sa nouvelle destination.
- Le bâtiment des Postes et Télégraphes
- Le Centre de repos des Forces Armées Royales Khmères..
- La Station Agricole Preah Sihanouk qui se consacre à la culture des légumes et de certains fruits des pays tempérés.
- La pagode bouddhique reconstruite sur les directives de Sa Majesté la Reine
- Le chalet du Prince Chef de l’Etat.

Le programme d’urbanisme dont l’exécution est commencée comporte la construction des bâtiments des Travaux Publics, de la Santé, du Tourisme, de l’Information, de la Police, du Cadastre, ainsi qu’un château d’eau en cours d’achèvement, l’asphaltage des rues, etc.
Enfin, dans le domaine de l’aménagement touristique, une route d’accès à la cascade de Popokvil à sept kilomètres de là a été ouverte.
Par ailleurs, la route de Kamchay au Bokor déjà très avancée donnera à la station une voie d’accès nouvelle et de grand intérêt.

Le « Bokor Palace » construit avant la seconde guerre mondiale avait été saccagé par les envahisseurs viêtminh entre 1946 et 1950. Jusqu’en fin d’année 1960 cette grande bâtisse, noircie par l’incendie, portes et fenêtres battant à tous vents, ne reçut que la visite de quelques touristes assez audacieux pour se risquer à affronter une route ravinée par les eaux et que la jungle commençait d’engloutir.
La remise en état de l’hôtel, entreprise sur les instructions du Prince Chef de l’État, fut menée à bien dans des conditions difficiles dues en grande partie au transport des matériaux de construction. Aujourd’hui le « Bokor Palace » est devenu l’un des meilleurs établissements hôteliers du Royaume. Géré par la « Société Khmère des Auberges Royales » il dispose de 22 chambres et de 4 appartements avec confort moderne, d’un vaste salon avec bar, d’une grande salle de restaurant.
Un casino avec plusieurs salles de jeux a été ouvert dans un bâtiment provisoire en attendant la réalisation d’un ensemble dont les plans ont été dressés. Son accès est strictement réservé aux étrangers.
Un service de cars assure la liaison entre Kampot et Bokor.
La ferme modèle du Bokor


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Cambodge d’Aujourd’hui
janvier 1962




















![#Bokor Palace Hotel and Casino in #Kampot on the opening morning, [1962], #Cambodia | © unknown](https://i.pinimg.com/564x/da/89/ce/da89ceb55a691534fe5e31a56bf9b89d.jpg)







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